Féerie-ville

(L’histoire nous a rudoyés, bousculés, tabassés)

 

Tu étais un territoire sans forteresse,

J’étais une quête aux abois,

Tu étais un rêve en liesse,

J’étais un idéal en émoi !

Tu n’es même plus une promesse,

Je ne suis plus qu’un simple regard !

Je ne suis plus qu’un banal fétu de paille qui ondoie

Dans les tourbillons de tes tristes boulevards!

Je ne suis plus que spécieuses ivresses

Dans l’anonymat de tes vieux assommoirs!

 

Ô terre tyrannisée, dans l'épouvante d'un chemin de croix,

Des mots retors, distillés par une fallacieuse sagesse,

Dissimulés derrière des folies vengeresses,

Ont pollué nos pauvres horizons,

Faisant couler du fiel moisi sur nos émotions…

 

Ô Romance fripée,

Vivant dans l’angoisse d’une horloge sans remontoir

Piétinée par une vile vermine, transformée en pourrissoir,

L’histoire nous a refilé des dés pipés,

Nous a manipulés, torturés, puis étouffés sous son éteignoir…

  

J’étais une quête aux abois,

Tu étais un territoire sans forteresse,

J’étais un idéal en désarroi,

Tu étais un mot en détresse !

Tu n’es même plus une promesse,

Je ne suis même plus un regard !

Nous ne sommes plus que des bribes de souvenirs qui ondoient

Dans les tourbillons de la mémoire,

Nous ne sommes plus qu’une lente vieillesse

Qui prépare, elle-même, son faire-part.

Ô crépuscule de douceur agressé,

L’histoire nous a rudoyés, bousculés, tabassés

Et jetés dans un nid de cobras,

A portée de mâchoire de voraces piranhas,

A la merci de ces pirates anachroniques,

De leurs fantasmes d’aventuriers sans éthique.

Tu n’es même plus un murmure !

Tu n’es même plus un regard !

Tu n’es plus que ma profonde blessure,

La hantise du jour, l’obsession du soir…

 

J’étais une fête sans vent,

Tu étais le zéphyr captivant,

Je ne suis plus qu’un vieux marin qui agonise,

Et toi, une mer fatiguée qui l’accompagne et le sécurise.

 

                          

Mahjoub SOLTANI